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dimanche, 1 novembre 2009

Veille en larsen

l’hérétique bacchanale d’effigies embaumées
se vautre dans les entrailles de limbes décaties
excite la cataracte caillée d’artères paranoïaques
et défonce le kyste sibyllin à l’acide volubile
d’un spleen sybarite décapé à la mite bâtarde
du crépuscule d’automne à l’accordéon rance

les gosses de l’irréel le cul dans l’grain pétri
écorchent l’évanescent à coups d’corne libertine
déchirent l’épais relent d’corpuscules profanés
harassent le mamelon d’asthéniques métastases
sur la stèle de l’indécence suinte l’effervescence
rayonnements assoiffés de sources vénériennes

l’éclat inconséquent d’hyperboles prohibées
suffoque contre l’accroc d’une griffe gâtée
d’ondes ascétiques en carcasses perverties
de milliers d’étincelles au klaxon syncopé
à moucher les étoiles en accords orgasmiques
en une nuit carcérale d’jugulaires atrophiées

d’un cahot vinifié contre l’alvéole grotesque
l’éternel féminin balance d’une chaotique cadence
corrode la nervure en complaintes sanguinaires
derrière l’ivresse brûlante d’orteils enchevêtrés
à déloger les coquilles d’un inaudible cambouis
débauche symphonique de nymphes désaccordées

de bains d’allégories à de concupiscents maquis
de blafardes aquarelles à d’insensibles gouttières
les souillures discordantes de dépouilles anémiées
coagulent sur les lames d’un parquet corrompu
aux braises tamisées d’une nébuleuse obscurité
s’oxyde l’ultime chimère d’une veille en larsen

samedi, 17 octobre 2009

Gouttelettes de vies.


Sur le fleuve tumultueux de la vie, soufflent les courants des envies. Des vulgaires aux irrationnelles, des prosaïques aux vaporeuses, des éphémères aux immortelles, des confinées aux affranchies, c’est un torrent d’envies bigarrées qui coule dans nos veines.

D’une vie aux vies enviant une vie d’envies en vie, en vie.

Parce que ce matin-là, on se sera senti en vie. Parce que cette aube-là se sera apparentée aux prémices de toutes les envies. Sans qu’on sache pourquoi. Sans qu’on sache comment. D’ailleurs, à ce dit instant, on n’a pas vraiment envie de se livrer à quelque analyse vaine. Comme si le simple fait de se sentir en vie évinçait tout ce superflu ordinaire indigeste. Et, brutalement, c’est une vague d’envies enivrées qui submerge un quotidien imprégné.

Les cinq sens en éveil. On a envie de respirer toute l’atmosphère, d’inhaler entière l’impalpable bise, à s’en déchirer les vaisseaux, à en étouffer subrepticement tout discernement, à se laisser tanguer par l’étourdissement. On a envie de s’imprégner de toutes les peintures, de percevoir la moindre éclaboussure des gouttelettes de couleurs, à s’en griller les rétines, à en abîmer les tableaux de les contempler, à se perdre contre un vent d’aveuglements. On a envie de percevoir toutes les mélodies, de distinguer le moindre mot égaré, à s’en écorcher les tympans, à en offenser les silences dorés, à s’oublier impunément contre un brouhaha désordonné. On a envie de déguster chaque saveur, de se délecter de tous les plaisirs sucrés, à s’en écorcher les papilles, à en rendre fades les bouquets les plus épicés, à exhiber à cette appétence les meilleures gourmandises. On a envie de sentir intensément la moindre caresse satinée, de frissonner sous le simple frôlement, à s’en déchirer les tissus, à réveiller effrontément la sensation engourdie, à se laisser bercer par ce souffle de volupté. On a envie de démesures. De voir l’imperceptible. D’entendre l’indicible. De dire l’inexprimable.

D’une vie d’envies inassouvies déviant contre un vent vivifiant.

On a envie de chocolat. De caramels mous et de fraises Tagada. On a envie de boîtes à musique. De mélodies étourdissantes et symphoniques. On a envie d’amour. D’un cœur qui bat au rythme des tambours. On a envie de fantastique. D’ivresse électrique qui vacille sous l’acoustique. On a envie d’un tout. D’un absolu universel contre lequel virevolte une farandole d’envies emmêlées. Entre la certitude et l’incertain. Entre le prélude et le refrain. Entre la latitude et le vain. Entre réalité et chimères clairsemées.

On a envie d’imprévus. D’entrevues étonnantes et accidentelles. On a envie de marcher dans la rue et de voir s’épanouir ces jambes qui d’ordinaire chancellent. On en a marre du déjà vu. De ce quotidien embrumé digéré. On a envie de courir comme des dératés et de chuter contre un songe éloigné. On a envie de rencontres impromptues. Au détour d’une ruelle ou dans un ascenseur. Dans un parc serein ou au comptoir d’un bar. On a envie. De samedis soirs sur la Terre. De regards enchevêtrés. Un deux trois ou des milliers. On a envie. De peaux frôlées. De troubles émancipés. De mots mélangés. On a envie. De pas de danses entremêlés. De corps fusionnés. De cœurs déchaînés. On a envie. D’émotions troublées. D’émotions émancipées. D’émotions à l’excès. On a envie. On a envie d’une autre vie mêlée à la notre. D’ailleurs, on a déjà envie de l’autre. On a envie de faire l’amour. N’importe où, tout de suite. Vite, on a envie. De chanceler sous ses caresses délicieuses. On a envie. De chavirer sous son parfum délectable. On a envie. De vibrer sous ses mots doucereux. On a envie. De se donner, entier. On a envie. A n’en plus sentir son corps se perdre sous de doux soubresauts. A perdre tout discernement derrière l’exquis chaos.

D’une vie d’envies viscérales qui dévie contre un râle avili.

Parce que cette soirée-là, on se sera senti un peu moins en vie. Parce que ce soir-là se sera apparenté au caveau de toutes ces envies trépassées. Sans qu’on sache pourquoi. Sans qu’on sache comment. D’ailleurs, à ce dit instant, on a un peu envie de s’égarer contre quelque analyse vaine. A se perdre aveuglément contre le mur du dégoût, contre la plaque des désenvies. Comme si cette non envie soudaine terrassait insolemment cet instant d’avant déjà négligé. Et, brutalement, c’est un coup de tonnerre sclérosant qui ensevelit la moindre envie.

Et on s’engendre soudain despotes de nos vies. A se faire maîtres de nos envies. Mécaniquement, on fait le tri. A dissocier l’essentiel du superflu. A éloigner l’édulcoré du cru. A raccommoder l’entendement au perçu. A vrai dire, on n’a plus envie de grand-chose. On ne s’imagine même plus en vie. A errer contre un temps dissolu. A s’oublier derrière un instant perdu. A égarer l’ingénu. A en perdre la vie. On n’a plus d’envies. Plus envie de rien, perdu contre un néant nébuleux. Pourtant, on aurait envie d’envies. On en aurait plus qu’envie, on en aurait besoin. Quand le besoin se substitue soudain à l’envie et se fait souverain. On a besoin d’une cigarette, on l’allume et on tire une taffe, à se perdre dans cette brume acerbe. On a besoin d’alcool, n’importe lequel. On a besoin de ce degré qui coule dans nos veines, qui nous monte à la tête. On se sert un verre. De whisky, de vodka, de rhum, d’absinthe, ou de n’importe quoi. On se sert un verre et on boit. On se sert un verre, puis deux trois et on ne compte même plus. On oublie de compter et on boit un peu. On ne compte plus depuis longtemps et on boit beaucoup trop. On n’a plus envie que de se perdre dans ces degrés alcoolisés. On a besoin, plus que jamais, d’un absolu grisant, mais on n’en a plus envie. Et puis, plus aucune envie, à en crever d’ennui, mais grisés.

D’une survie vinifiée que l’on nie, presque plus en vie, à envier cette vie d’envies.

On n’a même plus envie de nutella. D’un écœurement incontrôlé face à ce brouhaha désordonné. Pas la moindre envie de sucres d’orge, de moelleux ou de tartes Tatin. On estompe machinalement le moindre dessein. Et le doux nectar qui nous enivre nous oublie finalement sur le bas côté. On est conscient, ou peut-être pas, mais on a déjà perdu l’équilibre. A s’éloigner clandestinement du sentier des innombrables envies. La non envie s’apparenterait-elle alors à une grossière envie exhibée lorsque ne subsiste que la seule envie amplifiée, celle d’en crever ? En crever, mais enivrés !

On n’a plus envie mais besoin. On a besoin mais plus l’envie. Et, juste à côté, il y a cette âme. Ce corps dont, juste avant, on avait envie. Cette main dont, juste maintenant, on a besoin. Cet être lointain, cet autre incertain, ce concept distinct, ce Dieu souverain. Et, face à lui, toutes ces pensées diluviennes se font vaines. Alors, on s’agrippe à sa main. A en écorcher ce temps obscur. A en érafler sa peau doucereuse. A tracer les sillons du chemin du néant aux envies rachetées. Et, à nouveau, on a envie. De cheminer le long de la route des envies endormies. On a envie de crier pour réveiller ces assoupies. On a envie de sourire pour les sortir de cet état d’atrophie. On a envie de rire pour leur rendre leur éclat terni. On a besoin de les sentir en vie. On a besoin de se sentir en vie. On en a envie. On est en vie.

jeudi, 15 octobre 2009

Le square des souvenirs.

Dans les allées du square des souvenirs meurtris
Aux côtés du grand chêne, aux côtés des orties
Sillonne une farandole qui éternellement passe
Qui passe et qui repasse, et qui parfois trépasse

Dans les allées du square des souvenirs blessés
Aux creux des sillons nacrés, d’un écho saccadé
Se heurtent les pas froissés d’une foule de passants
Qui foule les pavés, refoule un brouhaha éreintant

Dans les allées du square des souvenirs divins
Émanent des tranchées les relents de bons vins
Se confondent les corps d’une foule hétérogène
Qui ignore le passant, qui se déhanche sans gênes

Mais dans ces allées foulées piétinées trépignées
S’échappe quelque dépouille de la foule opprimée
De cette foule qui tourne, contourne et se détourne
Du grand chêne, des orties que leurs griffes retournent

Et dans ces allées, sous les pas d’cette foule endiablée
Y’a cet ingénu qu’écrase clandestinement un à en crever
A en crever d’amour pour cet ange qui déploie ses ailes
Cette princesse d’antan que les souvenirs rendent belle

Y’a cette princesse d’antan qui passe et repasse à côté
Qui égare le pas de la valse enivrée et chute sur le pavé
Cette captive en guenilles qui pleure son bourreau
D’un torrent larmé qu’elle étouffe en une dose d’héro

Y’a ce vil bourreau qui à trop passer efface toute trace
D’une passion exaltée qu’il balaie en pensées salaces
Derrière des mains de femmes, contre quelque corsage
Qui taisent les résidus de râles de cet homme de passage

Y’a ce type de passage insolent qui trépasse en surface
Ce type de comptoir dont le fantôme à l’infini repasse
Et qui boit et qui crache sur le moindre conte de fées
Qui cimente le chêne les orties le square et toutes ses allées

Dans les allées du square des souvenirs scellés
Coagule une foule le long des berges vinifiées
Et s’épanchent le long de tranchées immergées
Mille et une âmes passées repassées trépassées